BÉDÉS PAPALES

 

 

Le Pape picole et prend des drogues, le Pape est amoureux de Caroline de Monaco, le Pape adore jouer au tennis, le Pape s’ennuie ferme, le Pape ne peut vraiment pas blairer son conseiller Georges…

 

Voici les thèmes principaux qui fondent le travail de Filipandré dans le premier et seul volume de ses Bédés papales. Et d’un autre côté, on remarque que Dieu n’intervient pas une fois pendant l’album. Il faut dire que le Pape le rembarre dès la première de couverture, mais quand même. Complètement à l’arrache et absurde, le petit livre au format bizarre ne peut sans doute pas faire l’unanimité. Non seulement on peut trouver le dessin complètement moche, mais l’auteur excelle dans l’art du gag indécis et de la chute aléatoire (quand il y a en a une). Par exemple, le Pape qui demande à son conseiller d’écrire au Monde pour faire remplacer la rubrique « Finances » par Popeye, d’aucuns diront que ça casse pas trois branches à un épinard. D’accord. Pourtant, en arrivant à la fin du livre, pointe l’envie de lire d’autres planches, de suivre ce personnage désuet, sur lequel la caricature semble l’avoir emporté sur toute autre forme de représentation. Filipandré n’effectue jamais son pas de côté – indispensable par ailleurs – dans le sens de la férocité du personnage, et rarement dans celui de son ridicule en situation officielle.

 

Il propose une manière de penser le Pape, qui ne se fonde pas sur l’ignoble – comme la pédophilie, qui de toute façon n’intéressait pas grand-monde à l’époque. Explorer les sentiments communs et les activités plus ou moins ouvertes comme celles énumérées en début de chronique, et qui n’en sont pas moins des atteintes à la position papale, a l’avantage de ne pas faire oublier que le sentiment de sympathie est toujours possible, et qu’il vaut peut-être même mieux l’avoir éprouvé pour être ensuite au clair avec ses positions critiques. En témoigne, pour faire une comparaison dans la période actuelle, les trajectoires de certains détracteurs acerbes de Nicolas Sarkozy, qui à force d’avoir brandi à bout de bras leur aversion totale pour lui, ont fini par lui manger dans la main. À moins qu’il ne s’agisse d’une forme d’humour encore non recensée.

 

 

|Bauvet|

 

 

 

Bédés papales • Artefact • 1980